Gabrielle MALONGA au TRAIL DE MONDEVILLE 91KMS:

 

16 septembre 2006…. Viry Chatillon… jour j

2 heures : réveil pour déguster mes patates douces .

3h30 : départ pour MONDEVILLE . ½ heure de route.

Une fois là bas, on se dirige vers la salle des fêtes. « On » et oui ! ma sœur Geneviève et Marie Françoise une copine….Il faut récupérer le dossard, préparer les camels, finir de s’habiller.

Un brieffing , et nous voilà sur la ligne de départ pour 91 km découpés en 5 boucles…

5 heures : 92 coureurs sur la ligne de départ de la première boucle. 23 km dans une nuit totale…Vive la lampe frontale ! Le temps est idéal pour tout le monde sauf pour moi…Gants, bonnet et bien sur du mal à faire chauffer le moteur musculaire. Terrain assez plat, ce qui ne m’arrange pas ! Il faut courir, courir…Je ne vois rien, mais mes pieds sentent les changements de dénivelé jusqu’au fameux « Tertre Blanc », une cote à pic de sable fin…Ce doit être beau de jour !

Le soleil commence à se lever sur un champs de choux ; C’est presque la fin de la première boucle, ma sœur est venue à ma rencontre. Elle m’encourage, et on rentre ensemble au ravito au bout de 2 heures 41mn et 33 secondes de route…

Changement de sac. Je repars pour la deuxième boucle, pus courte mais plus difficile.

J’ai toujours du mal à m’échauffer musculairement. C’est la galère !

Il fait enfin jour, mais c’est dans un épais brouillard que je repars, et je ne verrai pas grand chose du paysage.

Sur la fin de la boucle les coureurs me donnent des conseils « gères en prévision de la 4ème boucle, c’est là que les abandons pleuvent »

Abandonner à 12 km de la fin après tant d’efforts ! Comment est-ce possible ?

Un coureur m’interpelle. Il m a repérée. C’est vrai que je suis la seule noire et que sur mon cuissard j’arbore fièrement mon 972. Gilles - c’est son prénom - viendra en MARTINIQUE faire le127 km en décembre 2007.

On discute, se dépasse et c’est avec soulagement que j’aperçois ma sœur ( ça signifie arrivée proche).

Encore d’immenses champs de betteraves, de choux, bonjour l’odeur, mais l’étape deux est fini. 4 h 46mn 43 sec cumulées… je suis 3ème .

Ce qui suit est plus court encore. Ca devrait être facile, sauf que….j ai toujours aussi froid.

Je rajoute donc une couche. En plus de mon bonnet, des gants de Pascal (mon coach), je récupère le coupe vent spécial de Stelve (mon partenaire d’entraînement)…

Le cadre est assez varié. Sable, rochers, bois et re champs.

Le marquage m’indique que je reviens sur des portions déjà foulées auparavant…

Des HGV (Humains à Grandes Vitesses ) me laissent sur place. C’est normal, pour la journée du Trail, 4 courses sont au programme ! « Alors Gaby tu gardes ton rythme, ceux là n’ont pas forcément le même menu que toi ! »

Mais voilà que les crampes frappent à ma porte ! Il faudra enlever les chevillères…

La compagnie est rare, il ne faut surtout pas avoir de problème avec soi. Ca y est ! Qui vois-je au loin hélant 9.7.2 ? Marie Françoise et Geneviève.

Elles étaient averties de ma venue par ceux qui me précédaient…2h17mn17sec cette fois… j’ai perdu une place… ravito… changement de chaussettes selon les conseils de Denis (un autre partenaire ) et je repars pour le 4ème tour. 24kms à avaler.

Musculairement ç’est bon, mais maintenant il faut voir comment encaisser la distance cumulée. Les conseils de Stelve me reviennent en mémoire « petits pas en fréquences Gaby ,tap tap tap » ç’est comme aux entraînements, sauf que ,sauf que… les kms s’ajoutent et pèsent de plus en plus.

J’entends mon entraîneur « restes placée Gabrielle. C’est dans l’effort et la fatigue que ça te servira ».

Les kms défilent. Les coureurs des autres courses me dépassent non sans m’encourager et me féliciter.

Problème : les crampes reviennent mais je sais comment les dompter. Une pincée de sel (merci Stelve). Mais ouille !catastrophe ! mon entre jambe est en bobo ,le cuissard m’a maltraité malgré la crème. Bon ,il faut gérer la crise et j’entends Denis me dire « pa moli sé moli ki raid ».

En plus, ce tour est le plus long. Je m’accroche. Je pense à tous les sacrifices, aux amis, à ma famille qui m’a toujours soutenue. J’ai mal, j’ai mal. Je marche il m’est difficile de courir. Enfin je vois ma sœur. Je suis contente mais ayant pris du retard cette fois, on est plus loin de l’arrivée… ç’est pas trop grave, je serre les dents, il me reste encore une boucle et je me souviens de la phrase du départ « gardes en pour la fin beaucoup abandonnent à la 4ieme ». Non je n’abandonnerais pas si près du but. Ma sœur me réconforte. Elle ne sais quoi faire la pauvre ! Ca y est ! Enfin la salle des fêtes. 3h40mn13s. La 1ère vient de terminer mais encore 12 kms à tirer en ce qui me concerne. Ca brûle ! Les crampes me taquinent, mais je tiens bon.

Je repars pour les derniers kms, la dernière boucle. Je suis 4ème et maintenant je me bas aussi pour cette place. Au bout de 3 bornes les crampes reviennent et me font constater un terrible oubli. Mon sel ! J’en demande à MICHEL mon compagnon de route du moment. Woulo! sel + homéopathie ! Je suis aux anges, et zut les ampoules qui se mettent de la partie !

Un seul mot d’ordre : serrer les dents, les fesses, et tout le reste. Les kilomètres semblent ne plus pouvoir défiler. On est fatigués. On se relaye. Dès que je flanche (coté rythme) Michel m’encourage et vice et versa .

J’ai tellement mal que je sens l’énergie défaillir….alors mentalement je chante (1 km a pied ça …….) et je repars. Je ne m’en rends pas compte, mais j’accélère en marchant et mon compère de misère est obligé de courir pour se maintenir à ma hauteur .

Je n’en ai pas marre, je veux juste arriver. Encore une cote puis une autre… les coureurs nous doublent toujours « allez plus que… ». Les gens nous indiquent spontanément le chemin mais nous assomment en nous annonçant « plus que 5 kms ! ce n’est rien après tout ce que tu as déjà fais ».

C’est ça… c’est ça…. je n’ai qu’une seule envie : voir ma sœur.

Michel a décroché mais me garde en ligne de mire.

Oui ! oui ! Je vois enfin ma sœur , je me retourne vers mon compère de galère « accroches toi ! accroches toi ! »

Mais j’ai tellement ralenti que Geneviève a eu le temps de faire 3 kilomètres à ma rencontre…

Elle me redonne du cœur. Un pied devant l’autre et je poursuit le calvaire. 2 kms et encore une bosse. Si minime soit elle c’est la galère. 1 km. Je n’ai jamais vu de km aussi long…

Ca y est ! Mon compagnon de galère a fait le forcing. Il est revenu. « Désolée de ne t’avoir attendu. Il me fallait préserver ma 4ème place ». Mais Michel est ravi pour moi et me propose un sprint…mais c’est encore trop loin pour moi. J’attends. Oui ! 200 mètres et je repars tant bien que mal sous les applaudissements des spectateurs et des premières déjà sur le podium.

Je franchi la ligne d’arrivée au terme de12h 57 mn 24 sec d’efforts…4ème femme et 2ème senior. La joie et les pleurs se substituent un instant à la douleur.

J’ai réussi, j’ai fini, je suis en vacances !!!

Seulement à peine installée dans les bras de ma sœur que déjà la douleur revient et qu’on me réclame pour la remise des prix.

On me tend un micro car je viens de « très loin ».

La voix a du mal à sortir tant l’émotion est forte…

Les mercis, la raison d’un tel engagement ( dépasser les 65 kms du « Tchimbé Raid » en prévision du 127kms de fin 2007 en Martinique) les invitations lancées pour cette première dans mon île…Applaudissements, récompenses, photos…

Je peux enfin me lâcher !

Quelle belle aventure !

Merci à tous !

Manman, Mimi, Marie-Françoise, Denis, Stèlve et surtout à toi Pascal…