Cyrille BOISSON au grand raid de la Réunion:

 

Salut les amis,

Enfin de retour à la maison pour se faire masser par sa petite femme... le pied!!!

Voici une petite sélection des quelques photos que j'ai réussi à prendre pendant le raid.

Sans déconner, c'était l'enfer: je n'ai jamais fait un raid aussi dur de ma vie!

Alors les petits enfoirés (je veux parler de Tony et Nico) qui m'ont dit que c'était roulant et plus facile que le Tchimbé, je les retiens!!! Je préfère faire le tchimbé aller/retour, je suis sûr que je finirai en meilleur état qu'à la diagonale!

Il est vrai que le parcours de cette année a subi quelques modifications par rapport à celui de l'année dernière: + long, + dur, ils ont rajouté une boucle dans le cirque de Mafate. Et c'est pas fini car j'ai entendu dire qu'ils voulaient le compliquer davantage car l'organisation ne souhaite plus qu'il soit un des raid les plus durs au monde mais qu'il devienne "LE" raid le plus dur au monde... ça promet!

Un parcours très rocailleux (y a qu'à voir l'état de mes chaussures à la fin du raid!!!), il n'y avait que très peu de parties roulantes, beaucoup de côtes et de descentes vertigineuses.

Il y avait 2240 inscrits mais seulement 2124 partants sur la ligne de départ. 1401 concurrents ont franchis la ligne d'arrivée, soit encore pas mal de casse cette année!

Début de parcours, environ 17 kms de faux plat montant, un départ canon mené par les favoris suivis d'une véritable marée humaine. Premier ravitaillement avant la grimpette du volcan (j'en suis à 1h45 de course) Et me voilà à l'assaut de la première difficulté, la température se rafraîchit de plus en plus jusqu'à descendre à 0 degrés avec un vent glacial en prime. Mon nez coule et mes doigts se crispent malgré les efforts alors je m'arrête quelques minutes pour enfiler mon cuissard long, un tee-shirt long et le coupe-vent. Un regard vers le bas m'offre un superbe spectacle: une chenille lumineuse formée par les lampes frontales des concurrents sur des centaines et des centaines de mètres. C'est magnifique.

Je reprend ma course (toujours vers le sommet du volcan) et ne tarde pas à croiser un concurrent allongé sur le côté avec sa couverture de survie et tremblant tout ce qu'il pouvait. J'ai appris un peu plus tard qu'il s'agissait d'un favori qui était en hypothermie, il avait voulu suivre le rythme des premiers mais n'avait pas tenu le coup.

Des questions se posaient dans le peloton: un favori qui claque à ce stade de la course? Bizarre... Avait t’il pris quelque chose au départ pour se booster et l'organisme ne l'aurait pas encaissé? Le palpitant se serait emballé? Bref, ce n'était que la 1ère victime de cette diagonale qui allait voir sa liste s'allonger d'heures en heures...

Le jour se lève au sommet du volcan et il fait très froid. La soupe de pâtes chaude au ravitaillement du sommet est la bienvenue! Je reste habillé en long le temps de me réchauffer et c'est parti pour une succession de paysages tous aussi splendides et grandioses les uns que les autres! Je suis en forme, j'ai mon petit rythme tranquille, pas de coups de barre et j'enfile les kilomètres. Le manque d'entraînement ces derniers mois se fait quand même ressentir dans les côtes car je suis un peu à la ramasse et on me double. J'ai les cuisses lourdes et c'est dur mais je me rattrape dans les descentes, un vrai régal, ce qui me permet de reprendre quelques concurrents.

J'avais fait un stock de barres énergétiques mais ça ne passe pas: la bouche devient très vite pâteuse alors que les gels, eux, passent vraiment bien. Aux ravitaillements, je prenais du coca, des quartiers d'oranges et des bananes, le top.

J'ai eu 2 petits coups de barre en pleine nuit. Je n'avais pas prévu de dormir pendant le raid car c'était un risque de ne pas repartir. Mais lors d'un ravitaillement (vers les 2h du mat' je crois), je me suis assis avec ma petite soupe dans les mains et j'ai tout à coup senti ma tête faire des sursauts et mes yeux se fermaient tout seuls alors je me suis dit:"Cyrille, un petit repos ne te fera pas de mal, sinon, tu vas mal finir..." Je me suis donc allongé par terre sous une tente pendant 15 minutes. Et bien le fait que tous mes muscles se relâchent complètement pendant ces minutes m'ont fait un bien fou! Je faisais attention à ne pas m'endormir car j'avais trop peur de ne pas repartir. Par contre, la reprise a été assez dure: j'avais refroidi, mes vêtements trempés de sueur me collaient à la peau, je suis donc reparti en tremblant et les 20 premières minutes ont été horribles!La nuit fût très fraîche!

A part ce petit coup de faiblesse, j'ai correctement encaissé la nuit, à ma grande surprise d’ailleurs. Par contre, je ne compte pas le nombre de concurrents que j'ai vu s'arrêter sur le parcours en pleine nuit pour dormir avec leur couverture de survie. Ils se mettaient contre un arbre, un rocher ou simplement à plat sur le sol pour reprendre des forces.

Que ce soit de jour comme de nuit, tous les bénévoles vous accueillent avec le sourire, ont toujours une bonne parole pour vous encourager ou vous remonter le moral!

Au petit matin, je commence à sentir des irritations entre les cuisses, des ampoules sous les pieds, des brûlures sous la voûte plantaire comme si j'étais à vif ainsi que des douleurs à la cheville gauche et au genou gauche (j'apprendrai à l'arrivée que ce soit des tendinites). Je me suis remis une grosse couche de vaseline entre les cuisses puis des compresses avec du sparadrap pour limiter les dégâts mais au bout d'une trentaine de minutes, tout s'est décollé avec la transpiration. J'avais également mis des compeeds sur mes ampoules mais les frottements se faisaient toujours. Et ces douleurs à la cheville et au genou ne cessaient de s'amplifier...Tous ces petits bobos ont fait que les 30 derniers kilomètres ont été une horreur: je ne pouvais plus courir, je boitais et tous les concurrents que j'avais doublés en pleine nuit m'ont tous redoublés et même plus. Chaque mètre, chaque marche, chaque caillou, bref le moindre petit obstacle devenait un vrai calvaire! Mais je n'étais pas le seul dans cet état car sur la fin, je rencontrais beaucoup de coureurs qui avaient mal aux pieds et beaucoup aussi qui avaient des problèmes de genou.

Mais j'avais le mental pour passer la ligne d'arrivée, pas une seule fois je n'ai songé à abandonner. Et ça, ma p'tite femme le savait, j'aurai fini sur les rotules ou en sang mais j'aurai fini! La ligne d'arrivée fut la bienvenue car j'en avais vraiment marre. Je me suis quand même forcé à faire mon entrée dans le stade en trottinant car je n'avais pas fait le déplacement jusqu'à la Réunion pour finir ce raid en marchant!

Mais on t'applaudit, on te donne ta médaille, ton diplôme et le tee-shirt avec l'inscription "j'ai survécu". Je peux vous assurer que ces cadeaux là, on les mérite bien. J'avais quand même les larmes aux yeux, car même si j'ai franchi la ligne d'arrivée, j'étais déçu de ma performance: j'avais pronostiqué beaucoup mieux, et ça, j'en avais gros sur la patate!!!

    Une bonne douche froide pour se décrasser (non pas par plaisir mais il n'y avait pas -ou plus- d'eau chaude), un bon repas chaud puis un bon massage me fera le plus grand bien. Ce n'est plus des jambes que j'ai mais des blocs de béton, c'est douloureux de se baisser, de marcher, je marche au ralenti et les jambes écartées à cause des irritations qui m'ont mis les cuisses à vif mais ma démarche n'est pas ridicule, elle passe même inaperçue et pour cause: quasiment tout le monde autour de moi a la même démarche!

    Je clôture donc ce raid en 39h28'58" à la 407ème place au scratch et à la 174ème place de ma catégorie. La Jeanne d'Arc avait également 5 coureurs venus participer au raid et ils l'ont tous finis aussi (un peu après moi). Au total, 29 marins ont participé au raid, je fini 3ème et 9 d'entre eux ont abandonnés. On peut donc dire que le bilan final reste positif et vous me connaissez: de cette expérience, j’en tire toutes les leçons qui s'imposent pour préparer au mieux la diagonale 2007!

Et oui, que voulez vous, c'est une drogue, quand on y a goûté, on ne peut plus s'en passer...

Je finirai ce petit discours en remerciant tout ceux qui m'ont encouragé par mail, par sms, par téléphone ou par la pensée pour ceux qui n'ont pas osé appeler (je pense à toi, Eric)! J'ai beaucoup apprécié votre soutien, c'était important pour moi. Alors à vous tous, je vous dis: MERCI!!!

 

A très bientôt.

 

Cyrille, raideur de l'extrême!